Mercredi 22 août 2007
Hordeducontrevent.pngFormés dès la prime enfance, ils sont vingt-trois. Vingt-trois spécialistes : ailier, scribe, aéromaître, traceur... Ils forment un groupe, une troupe; la Horde du contrevent, 34éme du nom. Partis à l'age de 11 ans des confins d'un monde ravagé, usé, érodé par des vents implacables. Leur mission; réussir là où tous les autres ont échoué. Atteindre un extrême-amont qui recule devant eux et, s'il existe, trouver l'origine de ce vent fou. Ils sont vingt-trois, donc, mais ne forment qu'un. Un pack compact qui remonte la terre à contresens, à contre-vent et à pieds, avec pour seules armes leur savoir, leur courage et leur foie en une destination qui n'existe peut-être pas.

Le roman d'Alain Damasio est une somme de travail inouïe, un pavé de sept cents pages qui vous plante au coeur même de la Horde. La gueule dans une tempête, dès la première ligne. A tel point que la troupe, très rapidement, ce n'est  plus "eux", c'est "nous".  Moi, vous qui avez lu ou qui lirez ce livre, nous sommes le vingt-quatrième membre de la Horde.

L'attachement aux personnages est tel, que l'impatience, chaque jour renouvelée de retrouver la Horde, se confronte à la hantise d'atteindre trop tôt l'inexorable dernière page. Mais n'est-ce pas là, la marque de l'excellence littéraire ?

Une des forces du roman tient aussi dans l'originalité du verbe. Damasio crée un univers physique et temporel propre au livre. Ce pourrait être ici et ailleurs, hier ou demain. Les références, universelles, sont toujours détournées, malaxées. La langue est réinventée. Mélange de vieux français et de néologismes crées de toute pièce par l'auteur mais dont le sens ne nous échappe jamais vraiment.  Le vent s'écrit et se lit comme une symphonie, il possède son propre système de notation, vitesse, force, fluctuations, épaisseur.

En plus d'une langue propre au roman, Damasio s'efface entièrement derrière ces personnages qui s'expriment tout à tour à la première personne.  Il glisse de l'un à l'autre. Chacun possédant un langage, une syntaxe, une voix propre à sa nature profonde, à son caractère. Erudit, simpliste, poétique ou vulgaire. Il modifie sa plume en fonction du narrateur temporaire. Une façon de multiplier les points de vue qui renforce l'impression d'abandon, de solitude d'une Horde qui, dégagée d'un unique narrateur omniscient, semble écrire elle-même son destin.

Ni SF, ni Fantasy, ni simplement Aventure; termes trop réducteurs face à l'ampleur du bouquin, "La Horde du Contrevent" est à la fois tout cela et bien plus encore. Une aventure humaine et philosophique, une quête poétique et "grotesque" qui aborde sans avoir l'air d'y toucher les questions fondamentales du sens de la vie, de sa vacuité, de l'en(vie) (celle d'aller voir ce qu'il y a après), de la foie, du dépassement de soi.

"La Horde du Contrevent" est un "Livre-Univers", un monument de littérature, unique, dur et saisissant. Il vous emporte loin, très loin et vous tient en haleine jusqu'à la dernière page, que dis-je, jusqu'à la dernière ligne.

J'en ai achevé la lecture hier. Je me retrouve égaré, ce soir, à l'idée de ne pas devoir l'ouvrir...


La Horde du Contrevent
Alain Damasio
Folio SF
par Yozzman publié dans : Le coin des livres
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Mercredi 11 juillet 2007
Woody-Allen.pngAttiré par la couverture flashy du manuscrit ci-contre qui trônait fièrement sur l'étal copieusement achalandé de ma librairie préférée - et admirateur inconditionnel du cinéaste -, je ne pus résister à l'idée de plonger dans la prose de sieur Woody Allen.

Inspirées de faits-divers et réels puisés dans le Times, les 18 nouvelles ciselées par Mister Woody se révèlent plus efficaces qu'un tube de Xanax.

A la manière d'un Dostoïevski, Allen semble prendre un plaisir pervers à infliger les pires tourments à des personnages  débonnaires, souvent minables  mais aux réactions  indiscutablement grouchomarxistes.

L'auteur s'attaque à ses thèmes de prédilection; la bourgeoisie new-yorkaise ou l'industrie du cinéma et saupoudre le tout de ses obsessions quotidiennes : Dieu, la physique quantique et les catalogues de sous-vêtements féminins...

18 petites merveilles, donc, où se mêlent absurde, folie pure et surréalisme que les Marx Brothers eux-mêmes n'auraient pas renié. On en remercierait presque Dame Nature d'avoir donné à ce type autant d'humour que d'angoisse existentielle.


Extrait :
"Dans le cadre d'un programme de remise en forme visant à réduire mon espérance de vie à celle d'un mineur du dix-neuvième siècle, je faisais mon jogging l'été dernier dans la Cinquième Avenue. Afin de soulager mon système respiratoire anémié, je m'arrêtai à la terrasse du Stanhope Hotel et commandai une vodka-orange bien fraîche. Le jus d'orange étant tout à fait recommandé dans mon régime, je m'envoyai plusieurs tournées."



"L'erreur est humaine" - Woody Allen, Editions Flammarion, 19,90€
par Bookman publié dans : Le coin des livres
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Mardi 12 juin 2007
conjurationdesimbeciles.jpg

L'ironie du sort...  Rarement la vie d'un livre et celle de  son auteur  auront été si étroitement liées par les fils acerbes de cette petite chose pathétique et impalpable que le destin semble parfois trouver si  drôle.


Ecrit au début des années 60 par l'américain John Kennedy Toole, le livre est rejeté par presque la totalité des éditeurs du pays. Ecrivain raté, vidé et déprimé, l'auteur se suicide en 1969, à l'âge de 32 ans.
C'est grâce à l'acharnement de la mère de Toole, persuadée du talent de son rejeton, que le livre est finalement publié en 1980.

Le livre connait immédiatement un succès public et critique. Le monde de l'édition, indirectement responsable de la disparition de Toole quelques douze années plus tôt, lui décerne en 1981 le pris Pulitzer. Amusant, non ?

La citation de Jonathan Swift mise en exergue du bouquin résonne alors comme une funeste prémonition : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »



Imaginez une sorte de très big Lebowski, fainéant, hypocondriaque, cultivé, réactionnaire et emmerdeur chronique. Dotez-le d'une logique ambigüe toute personnelle, d'un langage aristocratique pédant et vous obtenez Ignatius J. Reilly, antihéros époustouflant d'absurdité.

Handicapé par un anneau pylorique récalcitrant, l'immature Ignatius vit aux crochets d'une mère naïve et passe le plus clair de son temps à noircir des cahiers entiers d'une prose maniérée hilarante et vindicative à l'encontre d'une société qui s'enfonce selon lui dans la futilité et la pornographie.

Agé de trente ans et forcé de trouver un travail pour la première fois de sa vie, Ignatius devra affronter un univers hostile avec lequel il n'a rien en commun. Il en profitera pour tenter de « libérer le monde des quasi mongoliens et des dégénérés qui le peuplent. »

Lire la Conjuration des Imbécile est un devoir, un devoir de mémoire, un hommage qu'il faut rendre à John Kennedy Toole, génie ignoré de son vivant, pour cette œuvre dense et drolatique. Car plus qu'une critique amère de l'Amérique des sixties, les pérégrinations d'Ignatius Reilly - être égocentrique et paranoïaque, fou incompris (comme son auteur), idiot parmi les imbéciles - font avant tout de ce pavé, un des livres les plus drôles de toute la littérature américaine.

par Oscar publié dans : Le coin des livres
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