S'il n'est plus à prouver que le volume sonore d'un auto-radio est proportionnellement inverse à la qualité musicale du son qui émane de ladite auto (en gros, plus c'est fort moins c'est bon), il arrive que certains automobilistes avisés jouent la carte de l'originalité.
Ainsi, alors que le conducteur désireux de faire partager à ses contemporains ses talents de mélomane oscille généralement entre deux options; à savoir, du rap francophone aux textes ciselés d'un côté et une techno subtile et inventive de l'autre, d'autres osent sortir des sentiers battus.
Je viens, moi-même, d'être le témoin privilégié de cette prise de risque insensée, de cette poésie du quotidien, de ce petit moment de grâce comme la vie en réserve peu.
Il y n'a pas dix minutes de cela, accoudé sur mon balcon, me delectant avec alegresse d'une cigarette qui faisait son possible pour ne pas s'éteindre (rapport aux -12°C ambiants), je sens poindre à mon oreille une ritournelle qui me ramène à l'époque révolue d'une enfance insouciante et heureuse. D'abord lointaine, la mélodie se rapproche de plus en plus. J'ai 9 ans, je fais de la balançoire dans le jardin en dégustant un Mister Freeze. C'est beau. C'est bon. Lorsque l'auto (elle aussi de 1988) passe sous mes yeux ébahis, je n'ai que le temps d'entendre le refrain accrocheur ("et tu tapes, tapes, tapes, c'est ta façon d'aimer...") qu'elle s'est déjà enfui dans la nuit noire et obscure (Isabelle s'est cogné contre les murs). Partie comme elle était venue, comme sortie d'un rêve absurde.
Merci à toi, conducteur fou, pilote au coeur de rockeur, chevalier des temps modernes. Merci à toi pour cet instant de nostalgie...

